Vous me croirez ou pas, j'ai des souvenirs très nets de ce jour de septembre 1994.
J'étais l'impératrice du monde du haut de mes quatre ans. La plus belle femme du monde - ma maman, bien sûr - me tenait par la main et m'a emmenée dans la galerie marchande de Parinor. Là se tenait une boutique appartenant à la firme Yamaha, on y donnait des cours à l'étage mais c'était aussi un magasin de musique.
C'est ici que j'ai rencontré l'homme de ma vie, Liévain.
Mon premier prof de piano.
Il était immensément grand (d'après mes souvenirs), il avait une voix toute douce et il ne s'en est jamais servie pour me réprimander quand je n'avais pas travaillé (c'était rare quand même). Il nous a donné à chacun une petite mallette en bandouillère. Sur le côté, deux espèce de petits lutins, l'un vert et l'autre rose: menthe et cerise.
Les figures emblématiques du Yamaha Music Club des Petits.
Des fois Liévain nous appelait individuellement à son piano. Il nous faisait réciter les notes et les symboles, nous demandait de faire nos gammes, et quand il était content il ouvrait un classeur avec plein de petits stickers à l'effigie de Menthe et Cerise. On en choisissait un qu'il collait d'un air extrêment solennel sur notre prRrRrRRrécieux cahier de bord. Quand on faisait un sans faute il nous en mettait deux. Et ça, c'était vraiment la classe.
Je m'étais faite des copines là-bas. Deux petites blondes, l'une de mon âge, l'autre était à peine plus vielle que moi. Chloé Maitrias et Marie Borel.
Ce 14 février 1998 (je me souviens que c'était la saint valentin parce christian m'avait offert un collier en forme de coeur le matin :p), j'ai passé une audition organisée par Yamaha à Bercy. J'avais peur mais j'étais super fière, d'autant plus que Liévain m'accompagnait. Je portais un gilet bleu et orange d'une laideur incommensurable, je m'en souviens parce que l'examinateur m'avait dit avec un grand sourire que sa fille avait le même. Liévain s'était assis à l'autre bout de la salle, il me regardait. J'ai joué. J'ai transposé une partition. J'ai reconnu des notes qu'on me faisait écouter. Et je suis repartie mon diplôme en poche. Après ça, j'ai été au grand Rex avec mes DEUX parents pour fêter mon triooomphe, et ils se sont même pas crié dessus.
Juin 98, après le spectacle de fin d'année.
Liévain nous a dit au revoir, il nous a confié un secret. A peu de choses près, ça disait :
"La musique est la clé du bonheur, promettez moi que vous n'arrêterez jamais, et vous serez heureux toute votre vie."
Septembre 98
Reprise des cours. Dans le couloir, on était tous là, on attendait tous. Un grand bonhomme longiligne avec de grosses lunettes est venu ouvrir la salle.
Ce n'était pas Liévain.
Je ne l'ai jamais revu. Son départ fut le drame de ma vie je crois :) Je suis partie pour Flash music à Drancy, où Marie et Chloé m'ont suivie. On y est restées pas mal de temps, avant que l'école ne change de propriétaire, et nous nous sommes à nouveau dispersées.
Aujourd'hui, j'ai arrêté les cours de piano (pas de jouer, juste les COURS hein), et je prends des leçons de guitare à La Clé de Sol, près de mon ancien collège. Je n'ai pas de nouvelles de Chloé, je crois qu'elle habite à Enguien maintenant, Marie Borel parcontre est en première dans le même lycée que moi.
Cet après midi je suis allée à Parinor pour me consoler d'avoir loupé mon dst d'histoire (cherchez pas le rapport, y en a pas). Face au grand ascenceur aux parois vitrées, entre Micromania et un magasin de bibelots asiatique, se tient un magasin de vêtements de sport devant lequel, vous autres, lecteurs d'Aulnay-sous-Bois et de ses environs, avez dû passer un petit milliard de fois. Vous savez désormais que c'est ici que j'ai fait mes premières gammes. Quand je vois que c'est devenu un magasin de fringues miteuses, j'ai une petite boule au creux du ventre. Ca fait toujours bizarre de ne pas retrouver un endroit conforme à nos souvenirs. C'est comme revoir sa maison après un déménagement.
On se reverra Liévain, je lâche pas la musique. J'espère que tu as toujours des stickers.